La loyauté dans le Puppy Play : savons-nous vraiment ce que nous revendiquons ?
S’il est une qualité que l’on attribue volontiers au meilleur ami de l’homme, c’est bien la loyauté. Beaucoup de puppies s’attribuent donc assez naturellement cette vertu. Mais qu’en est-il réellement ? Et finalement, à force de parler de loyauté, savons-nous toujours vraiment ce dont il s’agit ?
Il faut reconnaître que le mot tombe presque sous le sens dans notre univers. Le chien est fidèle, le chien est loyal, le puppy emprunte une partie de son imaginaire au chien et il devient donc assez naturel de se définir soi-même comme loyal.
Seulement voilà : à force de nous approprier les mots d’un champ sémantique, nous pouvons finir par oublier de nous interroger sur les concepts qu’ils désignent.
Et la loyauté est peut-être un excellent exemple, parce que derrière ce mot plutôt joli se cache quelque chose de beaucoup plus exigeant qu’une médaille que l’on accrocherait fièrement à son collier.
Alors, qu’est-ce que la loyauté ?
Commençons par quelque chose d’aussi solide que possible : le sens du mot.
Le Dictionnaire de l’Académie française définit la loyauté comme le « respect de la vérité, fidélité à la parole donnée, aux engagements pris ; droiture, honnêteté ».
Le CNRTL apporte une formulation complémentaire particulièrement intéressante : la loyauté est une fidélité « manifestée par la conduite » aux engagements pris ainsi qu’aux règles de l’honneur et de la probité.
Cette idée de conduite est essentielle.
Parce que la loyauté n’est donc pas simplement quelque chose que l’on ressent, et encore moins quelque chose que l’on proclame. Elle se manifeste dans ce que l’on fait.
La philosophie contemporaine ajoute encore une dimension. La Stanford Encyclopedia of Philosophy, dans son article consacré à la loyauté, la présente comme une disposition pratique à persévérer dans un attachement ou une association auxquels on accorde une valeur particulière. Elle insiste également sur le fait que la loyauté devient particulièrement visible lorsqu’elle implique un coût ou lorsqu’il serait plus facile de ne pas la maintenir.
Autrement dit, il ne suffit probablement pas d’écrire « LOYAL » dans sa bio pour l’être.
Intégrité, respect et loyauté : trois choses différentes
Une difficulté apparaît assez rapidement lorsqu’on réfléchit à la loyauté : beaucoup des comportements que nous lui attribuons relèvent en réalité de qualités plus générales.
Je peux par exemple me brouiller définitivement avec quelqu’un et considérer que je ne lui dois plus aucune loyauté particulière. Cela ne m’autorise pas pour autant à révéler demain les confidences qu’il m’avait faites lorsque nous étions proches.
Pourquoi ? Peut-être simplement parce que je souhaite rester quelqu’un d’intègre.
L’Académie française définit l’intégrité, dans son sens moral, par la probité. L’intégrité dit donc d’abord quelque chose de moi : je tente de rester conforme à certains principes indépendamment de la personne qui se trouve en face de moi.
Le respect, lui, concerne notamment les égards que nous accordons aux autres. Je peux respecter quelqu’un sans l’aimer, sans être son ami et évidemment sans lui être loyal.
La loyauté ajoute quelque chose : un lien ou un engagement particulier.
Je pourrais donc résumer la différence ainsi : l’intégrité dit quelque chose de moi ; le respect dit quelque chose de la manière dont je traite autrui ; la loyauté ajoute quelque chose sur le lien particulier qui existe entre nous.
Cela explique aussi pourquoi la loyauté ne s’adresse pas indistinctement à tout le monde. Je peux être honnête, respectueux et intègre envers quelqu’un auquel je ne dois aucune loyauté particulière.
Et l’affection n’est probablement même pas une condition absolue. On peut être loyal à un engagement, à une organisation ou à une personne sans nécessairement l’aimer. Ce qui semble indispensable est plutôt l’existence d’un lien ou d’un engagement auquel on reconnaît une valeur particulière.
Ce que la loyauté n’est pas
Définir un concept demande parfois autant de préciser ce qu’il est que ce qu’il n’est pas.
La première confusion me paraît évidente : être loyal ne signifie pas être aveugle.
Si quelqu’un envers qui je suis loyal commet une erreur, je n’ai aucune raison de nier cette erreur. Je n’ai pas davantage à inventer des circonstances atténuantes auxquelles je ne crois pas ou à réécrire les faits pour le protéger.
La loyauté n’est ni la complaisance, ni l’aveuglement, ni la solidarité automatique.
La Stanford Encyclopedia of Philosophy souligne justement qu’une conception raisonnable de la loyauté doit rester compatible avec le jugement critique et la possibilité d’une critique corrective. La confiance associée à la loyauté n’implique ni crédulité ni aveuglement.
J’irais même plus loin.
Lorsque je suis particulièrement proche de quelqu’un, j’estime avoir parfois le devoir de lui dire des choses que d’autres n’oseraient pas lui dire.
Si mon ami se trompe, je dois pouvoir lui dire qu’il se trompe. Si mon puppy adopte un comportement que je considère mauvais pour lui ou pour les autres, mon rôle n’est certainement pas de sourire en acquiesçant pour lui faire plaisir.
La loyauté ne consiste pas à donner raison à l’autre. Elle consiste aussi à pouvoir lui dire qu’il a tort sans cesser d’être à ses côtés.
Le test de la pièce vide
Il existe peut-être un test extrêmement simple de la loyauté : observer ce que devient notre discours lorsque la personne quitte la pièce.
Je peux évidemment être en désaccord avec un ami. Je peux lui dire qu’il s’est mal comporté. Je peux même considérer qu’il a entièrement tort dans une situation donnée.
Mais si je lui souris en face, lui assure mon soutien et adopte un discours radicalement différent dès qu’il n’est plus présent parce que celui-ci m’arrange davantage socialement, quelque chose devient difficilement compatible avec la droiture dont parlent les définitions de la loyauté.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une personne loyale doive défendre son proche contre toute critique.
Informer n’est pas médire. Témoigner n’est pas médire. Critiquer n’est pas nécessairement médire. Quelqu’un peut m’apprendre quelque chose de parfaitement vrai concernant une personne que j’apprécie, et il serait absurde de considérer cette information comme une attaque simplement parce qu’elle me déplaît.
Si la critique est fondée, je peux reconnaître les torts de mon ami sans participer à son accablement. Je peux rappeler qu’une erreur, même réelle, ne définit pas nécessairement une personne entière.
Et si la conversation n’a d’autre objet que de nuire, je peux tout simplement refuser d’y participer.
La loyauté n’exige pas de falsifier la réalité en faveur de quelqu’un. Elle demande peut-être surtout de ne pas utiliser cette réalité contre lui.
Ne pas être loyal n’est pas forcément être déloyal
Cette distinction me semble importante parce que nous utilisons parfois ces mots comme s’ils étaient parfaitement symétriques.
Ils ne le sont pas nécessairement.
Je peux ne ressentir aucune loyauté particulière envers quelqu’un et me comporter parfaitement correctement avec lui. Entre la loyauté et l’hostilité, il existe des centaines de degrés : neutralité, indifférence, sympathie, estime, affection, amitié…
Une personne peut donc ne pas être particulièrement loyale sans chercher à me nuire. Une autre peut avoir ponctuellement un comportement déloyal par peur, ignorance ou faiblesse. Une troisième peut consciemment utiliser contre moi ce que notre relation lui avait permis d’apprendre.
Nous ne sommes évidemment plus dans les mêmes degrés.
Imaginons trois situations.
Dans la première, un ami entend une remarque injuste à mon sujet et n’ose pas intervenir. Cela parle probablement davantage de sa peur ou de son manque de courage à cet instant que de moi.
Dans la deuxième, il ne se contente plus de se taire : il participe à la critique pour suivre le groupe, être accepté ou préserver sa propre position. Quelque chose change. Il accepte de sacrifier une partie de la relation pour son propre confort social.
Dans la troisième, quelqu’un utilise volontairement une confidence ou une vulnérabilité dont il n’avait connaissance que grâce à la confiance que je lui avais accordée, précisément afin de me nuire. Là, nous franchissons encore un seuil.
Un comportement déloyal ne suffit pas nécessairement à définir entièrement une personne comme déloyale. Et une déloyauté non intentionnelle n’est probablement pas équivalente à une trahison volontaire.
La conscience de ce que l’on fait, l’intention, l’intérêt personnel recherché, la confiance qui avait été accordée et les conséquences de l’acte peuvent modifier considérablement la gravité de ce qui s’est produit.
On peut donc ne pas trahir quelqu’un sans pour autant lui être loyal.
La fin d’une relation n’autorise pas à réécrire son passé
Je peux être loyal envers quelqu’un qui ne l’est pas envers moi. Sa déloyauté n’annule pas rétroactivement la mienne.
En revanche, elle peut évidemment modifier ce que je considère lui devoir à l’avenir.
Si quelqu’un se montre déloyal envers moi, je peux décider de prendre mes distances. Je peux lui retirer une partie de l’accès qu’il avait à moi. Je peux même considérer que notre relation est terminée.
Mais la fin de notre relation ne transforme pas ce qui m’avait été confié auparavant en matériau disponible pour régler mes comptes.
Les confidences auxquelles j’ai eu accès lorsque quelqu’un me faisait confiance ne deviennent pas subitement des armes légitimes parce que nous nous sommes disputés.
Ce qui relevait de notre intimité avant le conflit reste dans cette intimité après le conflit.
Et à ce moment-là, ce n’est peut-être même plus ma loyauté envers cette personne qui m’impose le silence.
C’est mon intégrité.
Maintenant qu’on sait ce qu’est la loyauté… à quoi ça sert ?
C’est finalement peut-être la question la plus importante.
Parce qu’une vertu relationnelle qui n’aurait aucune conséquence sur la relation ne serait qu’un joli concept.
À mon sens, la loyauté facilite d’abord quelque chose d’essentiel : la confiance.
Lorsque je sais que l’autre ne changera pas de discours dès que j’aurai quitté la pièce, qu’une confidence ne deviendra pas demain une arme contre moi, qu’il sera capable de me dire franchement lorsque je me trompe mais qu’il ne cherchera pas pour autant à m’accabler, je peux beaucoup plus facilement me confier à lui.
Je peux construire avec lui.
Je peux avancer avec lui.
Je peux prendre certains risques relationnels.
Et surtout, peut-être, j’ai le droit d’être humain et de faire des erreurs.
Une relation loyale n’est pas une relation dans laquelle tout est pardonné ou dans laquelle les fautes disparaissent. C’est une relation dans laquelle une erreur peut être reconnue, discutée et réparée sans que toute la personne soit immédiatement réduite à cette erreur.
Cette solidité permet également quelque chose auquel je tiens beaucoup : laisser l’autre exister sans avoir constamment peur de le perdre.
Si notre relation repose sur quelque chose de suffisamment solide, son autonomie n’est plus nécessairement une menace. Il peut avoir d’autres relations, d’autres expériences, des désaccords, son propre jugement et son propre libre arbitre sans que chaque mouvement d’éloignement devienne immédiatement un danger.
Et dans une relation puppy / handler ?
Finalement, je ne crois pas qu’il existe une « loyauté puppy » qui obéirait à des règles différentes.
La loyauté reste la loyauté.
Mettre un collier autour du cou de quelqu’un ne transforme pas soudainement la définition du mot.
Ce qui change, c’est la nature particulière de la relation dans laquelle cette loyauté va s’exercer.
Une relation puppy/handler peut être hiérarchique. Les rôles, l’autorité et les responsabilités peuvent être asymétriques. Cela ne signifie pas que l’exigence morale de loyauté doive l’être.
Si un handler considère légitime d’attendre de son puppy de la droiture, de la franchise et de la fidélité à ses engagements, il me semble tout aussi légitime que son puppy puisse attendre la même chose de lui.
Le handler possède en outre, dans ma conception de ce rôle, une responsabilité particulière de protection. Cette protection devrait précisément inclure le fait de ne pas exposer inutilement son puppy, de ne pas utiliser ses vulnérabilités contre lui, de protéger les confidences qui lui ont été faites et de préserver sa dignité lorsqu’il n’est pas présent.
Mais protéger n’est pas couvrir.
Protéger quelqu’un n’est pas nier ses fautes
Imaginons que mon puppy fasse quelque chose que je considère objectivement mauvais.
Ma première responsabilité sera probablement d’en parler avec lui. De lui expliquer ce que je considère problématique, de l’aider à comprendre, éventuellement de l’aider à réparer.
Je chercherai certainement aussi à limiter les dégâts inutiles pour lui.
Mais cela ne signifie pas minimiser les faits, les dissimuler, mentir, fabriquer des excuses ou exercer une pression sur quelqu’un qui aurait subi son comportement.
Tout cela serait précisément malhonnête, donc difficilement compatible avec la loyauté telle que nous venons de la définir.
Être loyal, ce n’est pas soustraire quelqu’un aux conséquences de ses actes. C’est ne pas l’abandonner lorsqu’il doit les affronter.
Je peux donc considérer que mon puppy a tort et rester à ses côtés.
Je peux l’aider à réparer sans réparer à sa place.
Je peux refuser qu’une erreur devienne une condamnation définitive de sa personne sans nier une seconde la réalité de cette erreur.
Le bénéfice du doute
La loyauté ne doit jamais obliger à nier l’évidence.
Si les faits montrent clairement que mon puppy a tort, ma loyauté envers lui ne transforme pas le faux en vrai.
Mais toutes les situations humaines ne sont pas aussi simples.
Il existe des conflits dans lesquels les informations sont partielles, les versions contradictoires et les faits impossibles à établir avec certitude.
C’est peut-être là que la relation particulière prend tout son sens.
Je peux parfaitement dire : « Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé et je ne vais pas prétendre le savoir. Mais tant que je n’ai pas de raison solide de mettre ta parole en doute, je choisis de te faire confiance. »
La loyauté ne commande pas de nier l’évidence pour donner raison à l’autre. Mais lorsque l’évidence manque, elle peut légitimement conduire à lui accorder le bénéfice du doute.
Prendre son parti ne signifie donc pas prétendre connaître ce que j’ignore. Cela signifie que, dans une zone où personne ne peut réellement établir la vérité, la relation que j’ai choisi de construire avec lui donne à sa parole un poids particulier.
Être loyal peut aussi modifier nos propres choix
C’est probablement l’un des points les plus délicats, parce qu’il est extrêmement facile de passer d’une réflexion sur la loyauté à une justification du contrôle.
Pourtant, je pense qu’une loyauté véritable produit nécessairement certaines conséquences sur notre comportement.
Si j’ai choisi de construire une relation importante avec quelqu’un, je dois pouvoir regarder mes autres relations et me demander si certaines d’entre elles sont réellement compatibles avec cet engagement.
Cela ne signifie absolument pas que mon handler doit choisir mes amis.
Le simple fait qu’il n’ait pas d’atomes crochus avec quelqu’un, qu’il ne l’apprécie pas ou qu’il ait eu un différend avec lui ne devrait en aucun cas suffire à me priver d’une relation qui, moi, m’apporte quelque chose.
Nous avons tous le droit d’avoir notre propre jugement et nos propres affinités.
En revanche, si je sais qu’une personne cherche volontairement et activement à nuire à quelqu’un envers qui je revendique une loyauté particulière, continuer à entretenir exactement la même proximité avec elle pose une autre question.
Je ne qualifierais pas nécessairement cela de déloyauté. Mais cela peut être la manifestation d’une absence de loyauté.
La nuance est importante.
Ne pas être loyal n’est pas automatiquement être déloyal. Une personne peut simplement ne pas donner à notre relation la place ou l’engagement que nous pensions qu’elle lui donnait.
Et cette réflexion doit évidemment fonctionner dans les deux sens.
Si quelqu’un cherche activement à nuire à mon puppy, ma loyauté envers lui doit probablement avoir une conséquence sur ma propre relation avec cette personne, même si, personnellement, je l’apprécie.
Avant d’en arriver là, j’essaierai probablement de comprendre et d’apaiser. Si j’apprécie cette personne, peut-être suis-je justement bien placé pour lui faire entendre que son comportement pose problème et tenter de réparer ce qui peut encore l’être.
Mais parfois, il faut choisir.
La vie est aussi faite de choix. À force de vouloir rendre tout le monde heureux, on finit parfois par rendre tout le monde malheureux.
La loyauté se constate davantage qu’elle ne se réclame
Et c’est précisément ici que je placerais une limite extrêmement importante.
Je pense qu’il est parfaitement légitime d’attendre de la loyauté dans certaines relations. Si deux personnes choisissent de construire une relation dans laquelle cette valeur occupe une place centrale, chacune peut raisonnablement espérer la trouver chez l’autre.
Mais je suis beaucoup plus méfiant lorsque la loyauté devient une injonction.
« Si tu étais vraiment loyal, tu ne fréquenterais pas cette personne. »
« Si tu étais un puppy loyal, tu ferais ce que je te demande. »
« Si tu étais loyal envers moi, tu prendrais forcément mon parti. »
À partir de là, le mot peut devenir une manière de culpabiliser l’autre afin d’obtenir le comportement que nous souhaitons.
Et il faut être particulièrement vigilant dans une relation comportant déjà une asymétrie de pouvoir.
Lorsqu’on invoque constamment la loyauté pour obtenir l’obéissance de l’autre, ce n’est peut-être déjà plus de loyauté dont on parle. C’est une manière de transformer une vertu relationnelle en instrument de culpabilisation et de contrôle. Lorsque ce mécanisme devient systématique, il peut participer à une logique d’emprise.
Le paradoxe est assez joli : si je dois constamment te rappeler que tu dois m’être loyal pour obtenir de toi les comportements que j’attends, peut-être suis-je justement en train de démontrer que cette loyauté n’existe pas.
La loyauté se constate probablement davantage qu’elle ne se réclame.
La loyauté ne supprime jamais le libre arbitre
Cette idée me semble fondamentale dans une relation puppy/handler.
Être loyal envers son handler ne signifie pas adopter ses inimitiés. Cela ne signifie pas considérer automatiquement que sa version est la bonne. Cela ne signifie pas davantage renoncer à ses relations parce qu’il ne les apprécie pas.
Et la réciproque doit être vraie.
Si mon puppy vient me dire qu’une personne lui nuit, je dois évidemment prendre ce qu’il me dit au sérieux. Mais si, après avoir cherché à comprendre la situation, j’arrive sincèrement à la conclusion qu’il se trompe, mon rôle n’est pas de répondre à son caprice pour lui donner artificiellement raison.
Je dois pouvoir lui expliquer, gentiment et avec toute l’affection possible, pourquoi je pense qu’il se trompe.
Et je dois aussi accepter une limite à ma propre certitude : être handler ne me rend pas infaillible.
Deux personnes peuvent discuter sincèrement et conserver un désaccord.
La loyauté n’abolit donc jamais le jugement personnel. Elle donne simplement à la parole de l’autre un poids particulier.
Et si, malgré toute la discussion possible, il m’est réellement impossible de savoir qui a raison, alors j’aurai probablement tendance à laisser le bénéfice du doute à celui avec lequel j’ai choisi de construire cette relation particulière.
Pas parce qu’il aurait nécessairement raison.
Pas parce que son collier lui donnerait un privilège sur la vérité.
Mais parce que l’engagement que j’ai librement choisi envers lui doit bien signifier quelque chose.
La loyauté prend une autre dimension lorsqu’elle devient difficile
Être loyal lorsque tout va bien est déjà être loyal.
Il serait absurde de considérer qu’une loyauté n’existe pas simplement parce qu’elle n’a pas encore été mise à l’épreuve.
Mais lorsqu’il devient plus confortable, plus avantageux ou socialement plus facile de ne pas rester loyal, quelque chose change.
La littérature philosophique sur la loyauté insiste justement sur cette idée de persistance : la loyauté se manifeste particulièrement lorsque maintenir l’engagement implique un coût ou un désavantage pour celui qui reste loyal.
Cela ne crée pas sa valeur.
Mais cela lui donne une tout autre portée.
La loyauté n’attend pas l’épreuve pour exister. Mais c’est souvent dans l’épreuve qu’on découvre ce qu’elle vaut.
Être fier de son puppy lorsqu’il est apprécié de tous, qu’il nous valorise et que tout va bien est relativement facile.
Rester présent lorsqu’il traverse une mauvaise période, lorsqu’il commet une erreur ou lorsqu’il devient socialement plus confortable de prendre ses distances, sans nier ses torts s’il en a et sans l’abandonner, donne une tout autre épaisseur au mot.
La loyauté peut se reconstruire. La confiance, elle, ne se décrète pas.
Que se passe-t-il lorsqu’il y a eu déloyauté ?
Je crois qu’il faut encore distinguer deux choses.
Une personne peut comprendre son erreur, changer son comportement et recommencer progressivement à agir loyalement. En ce sens, oui, la loyauté peut probablement se reconstruire par les actes.
Mais cela ne signifie pas que la personne blessée retrouvera immédiatement sa confiance.
La loyauté reconstruite appartient à la conduite de celui qui a fauté. La confiance appartient également à celui qui a été blessé.
Les deux n’obéissent donc pas nécessairement au même calendrier.
La loyauté peut se reconstruire par les actes. La confiance, elle, ne se décrète pas.
Et parfois, la conséquence d’une déloyauté n’est ni une vengeance ni une punition.
C’est simplement une prise de distance.
On réduit l’accès que l’autre avait à nous parce que la relation nous a appris que cet accès n’était plus suffisamment sûr.
Ce n’est pas nécessairement condamner la personne. C’est adapter la relation à ce qu’elle vient de révéler.
Alors, concrètement, être loyal, ça ressemble à quoi ?
Après toutes ces nuances, un mémo relativement simple peut peut-être être utile.
Être loyal envers quelqu’un pourrait notamment signifier :
- être honnête avec lui, y compris lorsque la vérité est inconfortable ;
- tenir les engagements que l’on a librement pris envers lui ;
- ne pas changer opportunément de discours selon les personnes présentes ;
- ne pas participer gratuitement à ce qui cherche à lui nuire ;
- respecter son libre arbitre et conserver le sien ;
- reconnaître ses torts lorsqu’ils sont réels sans chercher à l’accabler ;
- l’aider à réparer plutôt que dissimuler ses erreurs ;
- ne pas utiliser contre lui les vulnérabilités auxquelles la relation nous a donné accès ;
- lui accorder le bénéfice du doute lorsque les faits ne permettent réellement pas de trancher ;
- accepter que cet engagement puisse parfois avoir un coût.
Ce n’est évidemment pas une table de la loi.
C’est une manière de rendre concret un mot que nous employons énormément et dont le contenu devient parfois étrangement flou dès qu’on essaie de l’expliquer.
Et peut-être ce mémo permet-il aussi de comprendre quelque chose d’important : la loyauté est beaucoup plus exigeante qu’une simple absence de trahison.
On peut ne jamais révéler un secret, ne jamais attaquer quelqu’un et ne jamais lui faire volontairement de mal sans pour autant lui être véritablement loyal.
La loyauté suppose quelque chose de positif dans notre conduite : une manière particulière de prendre en considération le lien que nous avons choisi de construire.
Peut-être n’avons-nous pas tous besoin d’être loyaux
Et finalement, je crois qu’il faut accepter une dernière idée.
La loyauté représente un engagement important. Peut-être même trop important pour certaines personnes, certaines relations ou certains moments de notre vie.
Et je ne crois pas qu’il y ait nécessairement quelque chose de honteux à le reconnaître.
Quelqu’un capable de dire sincèrement : « Je tiens à toi, mais je ne souhaite pas prendre envers toi un engagement de cette nature » peut être beaucoup plus honnête que quelqu’un qui revendique bruyamment sa loyauté sans avoir jamais réfléchi à ce qu’elle implique.
Tout le monde n’est peut-être pas capable de loyauté dans toutes ses relations.
Et tout le monde n’a peut-être pas envie de l’être.
Cela ne fait pas nécessairement de ces personnes des gens mauvais, pas davantage que l’absence de loyauté envers quelqu’un ne constitue automatiquement une déloyauté envers lui.
Le problème apparaît plutôt lorsqu’on revendique cette qualité, lorsqu’on laisse l’autre construire sa confiance sur elle, lorsqu’on accepte les bénéfices du lien qu’elle permet… sans accepter les engagements qui vont avec.
Alors, un puppy est-il vraiment loyal ?
Nous pouvons maintenant revenir au point de départ.
S’il est une qualité que l’on attribue volontiers au chien, c’est effectivement sa loyauté. Et dans un univers qui emprunte au chien son vocabulaire, ses symboles et une partie de son imaginaire, il n’est pas étonnant que les puppies aient adopté le mot à leur tour.
Mais peut-être avons-nous parfois adopté le mot avant d’en adopter le sens.
Être loyal n’est pas être docile.
Ce n’est pas être obéissant.
Ce n’est pas donner raison.
Ce n’est pas choisir les mêmes amis et les mêmes ennemis.
Ce n’est pas fermer les yeux sur les fautes de celui auquel on est attaché.
Et ce n’est certainement pas renoncer à son libre arbitre.
C’est quelque chose de plus subtil, et probablement de beaucoup plus difficile.
C’est être suffisamment honnête pour dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas envie d’entendre, et suffisamment attaché à lui pour ne pas l’abandonner simplement parce qu’il l’a mal entendu.
C’est pouvoir reconnaître ses erreurs sans les transformer en armes.
C’est ne pas changer de visage lorsqu’il quitte la pièce.
C’est protéger ce que la confiance nous a permis de connaître de lui, y compris lorsque cette confiance n’existe plus.
C’est parfois accepter qu’un engagement particulier ait des conséquences sur nos propres choix.
C’est aussi savoir que cette loyauté n’autorise jamais l’autre à décider à notre place au nom de ce que nous lui devrions.
Et peut-être est-ce surtout accepter que la relation ait suffisamment de valeur pour continuer à la considérer lorsque cela devient moins confortable de le faire.
La loyauté n’est peut-être pas une vertu que nous devons tous revendiquer. Mais si nous choisissons de nous en réclamer, encore faut-il accepter ce que ce mot nous engage à faire.
Nous avons emprunté au chien son collier, ses jeux, ses codes, parfois sa manière de communiquer et beaucoup de son imaginaire.
Nous lui avons aussi emprunté cette réputation de loyauté.
Peut-être n’avons-nous finalement pas besoin de nous demander si nous sommes aussi loyaux qu’un chien.
La question est plus simple et probablement beaucoup plus inconfortable : lorsque nous disons à quelqu’un « je te suis loyal », savons-nous réellement ce que nous sommes en train de lui promettre ?
